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Dimanche 11 novembre 2007
J'erre, toujours aussi incapable d'écrire. [...] Il gèle épouvantablement ce matin, sans que j'arrive à me réchauffer les doigts. S'il n'y avait encore que les doigts de gelés ; mais le bonhomme ne vaut guère mieux, et le cafard est pire que la gelée.
Car n'est-ce pas, j'ai le cafard, vous vous en doutez, et je désespère de le chasser. Il y a de quoi, et ce n'est pas aujourd'hui qu'il passera ; la perspective de retourner ce soir dans le vieux secteur du bois carré, et de reprendre la vie souterraine, nocturne et marécageuse n'étant pas pour le dissiper.
Voilà six mois bientôt que ça dure, six mois, une demie année qu'on traîne entre vie et mort, jour et nuit, cette misérable existence qui n'a plus rien d'humain ; six mois, et il n'y a encore rien de fait, aucun espoir ; six mois qu'on a quitté le fort, et l'on est un peu moins avancé qu'au lendemain du Châtelet. Tout est à recommencer. Tout cela n'a été qu'un prélude, nous n'en sommes donc encore qu'au prologue de la tragédie dont le premier acte commencera au printemps. Alors les canons seront prêts et dans l'arène lamentable des tranchées, la boucherie néronienne reprendra plus sanglante que jamais, et pareils aux esclaves antiques, on ne nous tirera de nos cachots que pour nous jeter en patûres aux monstres d'acier. Et ce sera au retour du printemps, au renouveau de la terre. Et pourquoi tout ce massacre ? Est-ce la peine de faire attendre la mort si longtemps à tant de milliers de malheureux, après les avoir privés de la vie pendant des mois.
Hier, ou avant-hier, au rapport, on a lu des lettres de prisonniers boches. Pourquoi ? je n'en sais rien, car elles sont les mêmes que les nôtres. La misère, le désespoir de la paix, la monstrueuse stupidité de toutes ces choses, ces malheureux sont comme nous, les Boches ! Ils sont comme comme nous et le malheur est pareil pour tous.
Il y a des gens qui cependant aiment la boucherie, et l'autre jour, Le Matin, publiait avec forces détails et éloges les exploits des Bat d'Af. dans une tranchée boche. C'est écoeurant. Après tout, d'un journal défenseur des financiers véreux et des garces de la politique, il est tout naturel de prôner des souteneurs et des brutes. Mais quand on songe que ça trouve des lecteurs ailleurs que dans des milieux d'amateurs de guillotine, que peut-on espérer ?
Nous retombons à la brute : je le sens chez les autres, je le sens chez moi ; je deviens indifférent, sans goût, j'erre, je tourne, je ne sais ce que je fais. Et quand un souffle passager vient secouer les cendres, et rallumer la braise, alors je suis si écoeuré de tout ce qui m'entoure que j'en suis encore plus malheureux.../...
Je vous embrasse.
Etienne.


Lettre d'Etienne Tanty, datée du jeudi 28 janvier 1915.
Extraite des "Paroles de poilus - Lettres de la Grande Guerre"

par Agnès publié dans : Souvenir recommander
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Jeudi 25 octobre 2007
Martine.jpgToutes les filles et peut-être aussi certains garçons dans ma tranche d'âge pas encore tout à fait la quarantaine ont eu entre leurs mains dans leur petite enfance un livre de Martine.

Incontournable.
Martine à la ferme, Martine aux sports d'hiver, Martine petite maman....

A les rouvrir aujourd'hui, on est atterré par tant de naïveté situations - dialogues - illustrations mais comme toujours la nostalgie en parant les souvenirs des couleurs de l'enfance nous étions alors si jeunes, si purs et si pleins d'espérances rend la chose beaucoup plus intéressante qu'elle ne l'est réellement.

C'est pourquoi, j'ai beaucoup ri hier en trouvant un site -ici- merci les NML qui propose de détourner les titres de ces albums : ils prennent alors une toute autre dimension.

Enjoy !
... comme dirait Hana.

par Agnès publié dans : Souvenir recommander
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Vendredi 13 juillet 2007
C'est sous le soleil accablant des Landes qu'il est décidément pénible de passer du jour au lendemain de la saison froide et humide à la saison brûlante que je fais ce rapide billet.
Lorsque nous sommes ici, je ne vais jamais jusqu'au village essentiellement parce que je n'ai rien à y faire mais tout à l'heure Maman a sollicité mon aide, aussi l'ai-je volontiers accompagnée.
L'occasion de redécouvrir les endroits de mon enfance, toujours identiques mais poutant si différents... après 30 oh, mon Dieu, non, je peux pas le croire !!!!!! après presque 30 ans.


IMG-1602.JPG
L'église du XIIe, classée. Avec un beau parterre de fleurs "sauvages" devant.

IMG-1605.JPG
Aubrée et Maman devant l'entrée de mon école primaire. Depuis une autre a été aménagée ailleurs.
par Agnès publié dans : Souvenir recommander
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Jeudi 7 juin 2007

Ok, ça fait un peu pompeux érudit la citation latine du titre, mais il faut bien justifier mes 4 années ô combien laborieuses de latiniste ! Pour la traduction, je vous laisse aux moteurs de recherche...

Aujourd'hui 7 juin, jour anniversaire, le mien, dernière étape avant la quarantaine.

Ainsi donc, il y a trente-neuf 7 juin de ça, ma mère mettait au monde une toute petite chose d'à peine plus de 2 kilos, rouge et toute fripée, tandis que mon père venait de passer des heures affreuses à échafauder des scénarios tous plus épouvantables les uns que les autres (au choix : sa femme allait mourir, son enfant ne survivrait pas, sa femme ET son enfant y resteraient ) avant d'être enfin rassuré... et de passer à d'autres angoisses...

Trente-neuf ans que tous les deux me montrent la voie, m'accompagnent et me soutiennent. Toujours là sans jamais occuper toute la place, solides et aimants.

Un modèle de parents, des parents modèles. Mes parents.

Merci.

par Agnès publié dans : Souvenir recommander
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Samedi 11 novembre 2006

Je ne saurais plus dire en quelle année cela s'est passé exactement, qu'est-ce qui ressemble plus à une commémoration du 11 novembre qu'une autre commémoration du 11 novembre ?

 

Ce dont je me souviens c'est que nous habitions encore notre appartement d'Elancourt dans cette riante région parisienne. C'était la fin de l'après-midi, la radio était branchée comme toujours sur France Inter et la voix chaude de Daniel Mermet remplissait l'espace.

Et puis comme sortie des brumes du passé, une chanson, lancinante, pénétrante, terriblement émouvante : la chanson de Craonne . Elle enveloppait les reportages, les archives, les mots qui ne pourront jamais dire assez l'horreur et l'absurdité.

 

Je me souviens du jour déclinant dans l'appartement, de la pénombre qui s'installait, des lumières scintillant à l'extérieur.  Figée dans cette obscurité naissante et incapable du moindre mouvement, je sentais le froid et la boue des tranchées, la désespérance des hommes, l'aberration de leur sacrifice.

Et inlassablement la chanson de Craonne revenait.

 

Je n'oublierai jamais l'émotion de ces moments. Elle revient chaque année, toujours aussi forte.

Acte infime pour honorer la mémoire de ces soldats.

 


par Agnès publié dans : Souvenir recommander
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