Oxfam France s'engage contre les agrocarburants

Publié le par Agnès

232 kilos de maïs
=
1 plein d'une voiture (soit 50 litres d'agroéthanol)
ou
1 enfant nourri pendant 1 an (en équivalent calories)



La directive actuellement discutée par le Parlement, la Commission et le Conseil européens (ce dernier présidé par la France) pourrait imposer l’incorporation de 10 % d’agrocarburants dans la consommation énergétique des transports européens d’ici à 2020.
 
Les agrocarburants sont présentés comme la solution miracle contre l’épuisement des réserves de pétrole mais également comme un remède au réchauffement climatique.
Or ils menacent aujourd’hui les populations locales et les cultures vivrières en accaparant la terre et les ressources naturelles. Ils contribuent également à la hausse mondiale des prix alimentaires qui a plongé près de 300 millions de personnes supplémentaires dans la faim et la pauvreté. Ce chiffre, déjà intolérable, pourrait doubler d'ici à 2025 si l'actuelle ruée sur les agrocarburants se poursuit.



> Impact alimentaire

Les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 83 % ces trois dernières années. Cette flambée est en partie due à l’enchaînement de mauvaises récoltes, à la demande des pays émergents, à la faiblesse des stocks de céréales et à la surenchère spéculative mais les politiques de développement des agrocarburants y contribuent également avec pour conséquences la récente crise alimentaire.
Plus d'infos ici.


> Impact social

Si le coton, le cacao et le café ont longtemps été les premiers produits d’exportation du Sud, aujourd’hui, ce sont les cultures à vocation énergétique qui bénéficient de toute l’attention des pays industrialisés. Pourtant, ce marché créé de toutes pièces est loin de mener au développement. L’agrobusiness méprise les droits fonciers et coutumiers des populations locales et son impact sur les droits de l’Homme est bien réel.
Plus d'infos ici.


> Impact environnemental

De l’augmentation des pollutions chimiques et du risque génétique à l’appauvrissement de la biodiversité, des sols et des réserves en eau, le développement massif des agrocarburants a des graves impacts écologiques sur notre planète, au Nord comme au Sud.

Pour justifier le recours aux agrocarburants, la Commission européenne met en avant la réduction de la dépendance énergétique et des émissions de gaz à effet de serre (GES). Mais l’efficacité énergétique et l’impact écologique des agrocarburants sont fortement remis en question, dès que l’ensemble des impacts sont pris en compte dans les analyses de cycle de vie.

De la culture des végétaux jusqu’à la sortie de l’usine, la production d’agrocarburants nécessite un apport d’énergie important, largement minimisé par leurs promoteurs. L’efficacité énergétique de l’agroéthanol de blé est de 1,4.
Par ailleurs, l’agriculture productiviste européenne utilise de larges quantités d’intrants. Chaque hectare de colza nécessite en France l’apport de 170 kilos d’engrais azoté, qui en se dégradant, produisent du protoxyde d’azote au pouvoir réchauffant 300 fois supérieur à celui du CO2.

“ Les monocultures réduisent la disponibilité en eau, assèchent les sources ou les contaminent avec des intrants chimiques agricoles. L’impact ne se limite pas aux surfaces occupées par les monocultures, mais il concerne également les territoires environnants. ”
Sergio Schlesinger, FASE, Brésil, partenaire de la campagne

D’autres dimensions sont absentes des calculs qui démontrent leur soi-disant intérêt écologique.
Il en est ainsi du carbone relâché dans l’atmosphère par la mise en culture de nouvelles terres pour des besoins énergétiques (changement d’affectation des sols direct). En Indonésie par exemple, le défrichage de la forêt est largement tiré par la production d’huile de palme.
De même lorsque les plantations à vocations énergétiques se développent sur des terres anciennement agricoles, elles « repoussent » les cultures vivrières sur des terres autrefois vierges (changement d’affectation des sols indirect). Au Brésil, par exemple, la canne à sucre repousse le soja vers le Nord et contribue à la destruction de la savane et de la forêt.


7,3 millions : c’est le nombre d’hectares de palmiers à huile plantés aujourd’hui en Indonésie, soit deux fois la superficie des Pays-Bas.

Pour atteindre les objectifs proposés par la Commission en 2008, l’Union européenne devra détourner une énorme quantité de sa production d’huile alimentaire pour la transformer en agrocarburant. Cela entraînera un « trou » dans le marché alimentaire, qui devra être comblé par des importations, principalement d’huile de palme, dont l’expansion est directement liée à la destruction de la forêt en Indonésie et en Malaisie. D’ici à 2020, le comblement de ce déficit nécessitera l’importation annuelle de 5,4 milliards de litres d’huiles végétales.

Mais la production intérieure ne suffira pas. L’UE reconnaît le besoin d'importer directement des agrocarburants des pays du Sud. Cette politique est irresponsable car en augmentant la demande de terres agricoles au Sud, elle favorise la destruction de puits de carbone comme les forêts, les zones humides et les prairies.


> Les objectifs de la campagne
Destinée à sensibiliser le public sur les conséquences des cultures destinées aux agrocarburants sur les populations du Sud, la campagne interpelle les principaux décideurs européens et leur demande de refuser les politiques d’encouragement des agrocarburants. Elle cible en particulier :

# Le président de la République, Nicolas Sarkozy, actuel président du Conseil de l’Union européenne :
Pour appeler les chefs d’Etat du Conseil européen à s’opposer à l’objectif obligatoire proposé par la Commission européenne d’incorporer 10% d’agrocarburants dans les carburants fossiles d’ici 2020 ou à tout autre objectif chiffré.

Depuis quelques années, l’Union européenne soutient les productions agricoles à vocation énergétique. Adoptée en 2003, la directive dite « biocarburants » fixe des objectifs d'introduction d’agrocarburants sur le marché européen (5,75% en 2010), autorise les exemptions de taxe pour ce type de carburant et alloue une aide à la production de 45€ par hectare.

Les agrocarburants représentaient 1,9% de la consommation totale de carburants pour les transports en Europe en 2006 . Pour atteindre l‘objectif d’incorporation de 10 % d’ici 2020, l’Union européenne sera obligée de recourir à des importations massives en provenance des pays du Sud.

# Le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier :
Pour œuvrer à une révision du « plan biocarburants » français, en supprimant l’objectif d’incorporation de 10% d’agrocarburants dans les carburants fossiles d’ici 2015 et tout autre objectif chiffré ainsi que pour revenir sur les mécanismes de soutien à la filière des agrocarburants française.

Pour la France, premier pays agricole de l'Union européenne, le développement des agrocarburants constitue une priorité telle que les objectifs à l’échelle nationale sont plus ambitieux que ceux fixés par l’Europe. Le « plan biocarburants », adopté sous la pression de lobbies agro-industriels en 2004 et révisé en 2005, encourage notamment le développement des voitures « Flexfuel » équipées pour les agrocarburants et le carburant E85.

# Les présidents des Conseils régionaux :
Pour développer les transports publics de passagers et le ferroutage pour les marchandises, comme alternatives au transport routier, afin de réduire la surconsommation de carburants.

Les Conseils régionaux ont dans leurs prérogatives le ferroutage et le transport public de passagers. Ces deux modes de transport plus respectueux de l’environnement sont déjà en forte augmentation ces dernières années.
Par cette interpellation, nous montrons notre soutien à ces initiatives et nous encourageons les présidents de Conseils régionaux à poursuivre dans cette voie pour montrer leur opposition au développement des transports routiers utilisant des agrocarburants, qui sont une fausse solution écologique.


Vous voulez soutenir la campagne d'Oxfam ?
Il vous suffit de cliquer là :


Commenter cet article

jfred 13/10/2008 18:11

quand on cherche à faire le bien, il faut que ça casse d'un autre côté..  c'est tout de même fouj'ai signé